Le clown
Par gael le mardi, 10 novembre 2009, 13:45 - textes - Lien permanent
Faire de toi un poète aurait comblé ta mère.
On aurait fait la fête à ton premier quatrain…
Mais le hasard s’entête, capricieux, nécessaire,
Et poussa ta barquette sur un autre chemin.
Tu offrais tes gamètes comme on donne la main
Tant de belles pécores s’en disputaient le gain
Et cette chère blonde tête que livra un matin
Le ventre d’Isadore, son sang était le tien.
Profitant d’une croisière, tu t’enfuis aux aurores
Pour connaître la mer, plutôt qu’un nourrisson.
De l’enfant, de la mère, peu t’importait le sort
Lâcheté en bandoulière, classe jusqu’au caleçon…
Tu découvris la Terre, et conquis la toison
De nombreuses pauvrettes, d’Islande en Oregon.
De multiples cimetières, tu oublias le nom,
Points d’orgues à la quête de plusieurs compagnons.
Tu fis le chercheur d’or, un peu anachorète.
Tu fis le matador, banderilles à l’envers,
Et l’on rit bien encore, au souvenir de la tête
Qui fut la tienne alors, au cœur de la poussière.
Puis tu fus un clown rouge et or ,
Voleur habile, plein de malice.
Parcourant d’abord les gradins
Chargé de pralines, pains d’épices.
Ta gaieté fit inclure des bouts
De farce comme interludes au cirque,
Où tes acrobaties pataudes
Firent le succès du maçon Dirk.
Des chiens dressés tournaient au pas
Levaient la patte comme un qui pisse
Sautant vers toi, faisant des bonds
Et mimaient des assauts factices.
Tu trébuchais, pestais sans cesse
Mettais en scène ton avarice
Refusant l’aumone au jeune type
Qui te tenait lieu de complice.
Ne trouvant plus ton cher trésor
Tu te plaignais à la police
Dénonçais l’autre, criais très fort.
Et faisais rire jusqu’en coulisse.
Et la rumeur dans tout le Mexique
Drainait les foules de sombreros
Et la clameur du chapiteau
Faisait écho au numéro.
Après d’autres tempêtes, d’autres coups, des revers,
Tu rentres à la maison, vieilli, et sans confrère.
Te trouves ainsi tout bête, ni prince, ni même mister,
Au village où ton nom ne parle plus qu’aux rivières.
« Ta mère ? sous le sapin. », la voisine montre un tronc.
De toi, on attend rien, pas même payer les dettes.
Tu rêves encore d’une main, de trouver l’unisson
Un réconfort serein, un corps chaud, une couette.
Que tes fredaines d’alors, tombées aux oubliettes,
Une belle te croie sincère, te recueille, se soumette.
Quel orgueil, matamore ! que ferait-elle de tes miettes ?
Ton charme est de naguère et ton aura est blette.
Et la rumeur dans tout le Mexique
Drainait les foules de sombreros
Et la clameur du chapiteau
Faisait écho au numéro.