Balthazar.
son ventre brûle – il ne dort pas
se hisse hors du panier qui abrite ses nuits.
où aller ? le carrelage est froid – il ne le sent pas.
marche comme un ivrogne, vomit un peu de noir
puis glisse dans cette flaque et crève ainsi, lamentable.

près d’une grange,
dans une cage tout le temps, n’en sort
que pour la chasse. souvent, il a faim, il enrage.
et, est-ce alors qu’il avale cette boulette de viande
qu’on avait frelatée ? dans une telle échappée ?
un court chemin de pierre ? au frais d’une clairière ?

Sultan il s’appelle,
il court après des biches, licornes,
s’étend dans l’herbe, y pleure, lèche la rosée qu’on trouve.
brûle chaque minute hors de la cage honnie
où il rentre pourtant. car c’est ainsi qu’il vit,
obéissant toujours, jamais ne protestant.

Sultan crève.
dans la cage on le trouve, raidi.
un mystère pour la ferme, ce mal qui le terrasse.
Sultan inoxydable qu’on retrouve déglingué,
à l’abdomen qui enfle et dont chaque orifice
écoule un miel puant. son corps semblait hanté.

prenez, Patate
une chienne à peine adulte et jaune.
griffon à poils mi-longs, et trois chiots qu’elle allaite
ils tètent encore, en vain, et s’étonnent quand même
de la trouver si froide et qu’elle soit immobile.
il faut les écarter, peut-être est-elle toxique…

campagne autour d’Evers
plusieurs bergers allemands, crevés,
le long de routes calmes, ils semblent foudroyés.
et parfois ces boulettes qu’on trouve à leur côté.
certaines encore intactes, d’autres à peine avalées.
quel pervers a semé ces cailloux maléfiques ?